Le reflet des mensonges: Premier chapitre offert

09/02/2018

Et comme on dit, jamais un sans deux... Taratata... Si, ça marche aussi... Voici donc un second cadeau. Le premier chapitre du reflet des mensonges. Ooooooh! Aaaaaaaah! 

Il était 7h45 quand Eleanor déposa un doux baiser sur les lèvres de son tendre Gael. Une Thermos de café dans une main et les clefs de sa voiture dans l'autre, elle en profita pour mordre à pleines dents dans la tartine qu'il allait justement mettre à la bouche.

- Bonne journée mon ange ! À ce soir. Je t'aime moi !

- C'est moi je t'aime ! Bonne journée !

Déjà huit mois qu'ils vivaient ensemble. Le chemin avait été long jusqu'à ce qu'ils prennent enfin la décision de sauter le pas.

Gael avait appelé Eleanor en fin de matinée un jour de décembre.

- Salut ! Tu as une minute ?

- Bien sûr chéri. Dis-moi.

- Tu as quelque chose de prévu demain soir ?

- Une soirée avec toi ? l'interrogea-t-elle avec une petite moue qu'il devinait et connaissait par cœur.

- Super ! Je passe te prendre à 19h30 !

- C'est noté !

- Eleanor ?

- Oui ?

- Sors-moi le grand jeu !

- D'accord ! C'est bien parce que c'est toi !

Gael était arrivé avec dix minutes d'avance. Il savait que ça mettait Eleanor dans tous ses états et il adorait la taquiner.

- Je ne suis pas prête !

- Pourquoi ne suis-je pas étonné ? lui répondit-il en souriant.

- Installe-toi dans le salon, j'arrive.

Il fit un saut dans la cuisine pour se servir un verre d'eau, puis s'assit sur le canapé qu'Eleanor venait d'acquérir. Un superbe sofa rouge, avec méridienne, qui cadrait magnifiquement bien avec le reste de sa déco si raffinée. Architecte d'intérieur, Eleanor avait le chic pour dénicher des objets d'une élégance rare et donner à une pièce un cachet unique, sans en oublier pour autant son côté pratique ou confortable.

- Où m'emmènes-tu ?

- Si je te le dis, ce ne sera plus une surprise !

Eleanor apparut dans l'embrasure de la porte. Sublissime. Une robe juste assez moulante pour ne pas être vulgaire, dans les tons beiges, et qui faisait ressortir sa longue chevelure noire de jais ; des escarpins nude sur lesquels se trouvait un petit papillon en dentelle, juste au-dessus du talon ; un collier de perles très fines et les boucles d'oreilles que Gael lui avait offertes à son anniversaire. Il avait beau la voir tous les jours, il en eut le souffle coupé.

- Tu es magnifique !

- Merci, tu es plutôt canon aussi !

En effet, lui aussi s'était mis sur son trente-et-un. Tout en sobriété, il faisait partie de ces hommes à qui un costume trois-pièces bien taillé faisait prendre toute son ampleur. À la vue de sa belle, il ne put réprimer un sourire. Le même que ce petit gars, pas plus haut que trois pommes, qui attend son tour pour monter sur les genoux du père Noël.

Elle adorait le voir sourire. De chaque côté de ses yeux se dessinaient de petites rides qui le rendaient encore plus sexy.

Il avança vers elle et lui présenta son bras. Eleanor attrapa son sac et son manteau, et s'y accrocha, se laissant emporter par le charme de cette soirée qui promettait d'être exceptionnelle.

Elle ne cessait de penser qu'elle avait décidément une chance folle d'avoir rencontré Gael. Il était gentil, attentionné, et la traitait comme une princesse depuis le premier jour. Il l'apaisait. Bien sûr, il avait quelques sautes d'humeur parfois, comme tout le monde, mais il était de nature plutôt égale, en règle générale.

Arrivée devant Chez Gino le restaurant où ils avaient passé leur première soirée tous les deux, elle sentit son cœur battre à nouveau. La première fois, un sentiment empreint d'excitation et de timidité l'avait submergée et elle avait failli faire demi-tour. Elle était restée immobile devant cette porte pendant une bonne minute, avait pris une grande inspiration, et était finalement entrée.

Il l'attendait au bar, dans son beau costume anthracite. Elle sut tout de suite qu'il allait se passer quelque chose de fort entre eux. Quelque chose de grand, de puissant, et surtout, de solide. La lueur dans les grands yeux gris qui la regardaient s'avancer ne pouvait pas mentir. Il ressentait la même chose qu'elle.

***

En rentrant chez lui, Kyan espérait vraiment que son mal de crâne finirait par le laisser tranquille. Après avoir avalé une aspirine et s'être posé une petite heure, son état s'était légèrement amélioré, et il allait pouvoir se remettre en route. Il n'avait pas le choix. Ce rendez-vous, il l'attendait depuis des mois, et son chef n'était que trop rarement à Quimper. Il fallait qu'il le voie absolument.

Il avait fait une demande de mutation et espérait bien qu'elle serait acceptée. Il aimait la Bretagne, mais cela faisait si longtemps qu'il souhaitait monter à Paris ! Si ça n'avait tenu qu'à lui, il serait parti depuis belle lurette, mais son père, après des années d'alcoolisme, était tombé très malade. Kyan avait alors fait le choix de rester auprès de lui. Avec le recul, il ne savait pas exactement pourquoi il était resté tout ce temps. Son père n'avait jamais eu beaucoup de considération pour lui ni pour quoi que ce soit sinon la bouteille mais ce n'était pas très grave, car lui non plus, à tout bien y réfléchir, n'avait jamais vraiment eu de considération pour son géniteur. Et c'est comme cela qu'un soir, sans vraiment y réfléchir, il s'était rendu chez lui, s'était assis à côté de son lit et l'avait longuement fixé, de la haine plein les yeux. Cette effroyable et intolérable soirée où son père lui avait enfin révélé la vérité tournait en boucle sans arrêt dans sa tête, nuit après nuit. Alité, le teint jaunâtre, son père avait compris tout de suite pourquoi il était là. Kyan avait pris l'oreiller et le lui avait posé sur le visage. Ses gestes étaient mesurés, calculés, précis. Il n'eut aucune hésitation. Le vieil homme ne chercha pas à se débattre, il ferma les yeux, attrapa les draps de ses mains maigres et sans force, comme pour se donner du courage, et se laissa sombrer dans la douceur cotonneuse de la mort.

Dès cet instant, Kyan n'avait pensé qu'à une chose : Paris ! Il était libre. Il allait pouvoir vivre sa vie. Sortir de l'ombre.

C'était un garçon plutôt taiseux. Calme. Trop calme. Moyen à l'école, puis moyen à l'université, il s'était néanmoins un peu ouvert dans son job, pourtant choisi par dépit. Il avait traversé toute sa vie sans faire trop de vagues, et sans que personne ne le remarquât. Jamais. Il devait être bel homme sous cette pilosité excessive, mais c'était difficile à dire en l'état. Une tonne de cheveux, souvent gras et emmêlés, qui lui tombaient sur les yeux et les épaules, une barbe digne du père Noël, et un corps très maigre. Il n'avait jamais eu d'histoire d'amour sérieuse. À vrai dire, il n'avait jamais eu d'histoire d'amour tout court. Juste quelques aventures, toutes plus éphémères les unes que les autres, avec des filles un peu paumées. Il avait beaucoup de mal à s'attacher.

Il avait plané une aura de mystère sur la séparation de ses parents pendant si longtemps. Son père ne lui avait jamais dit pourquoi ils vivaient seuls tous les deux jusqu'à son adolescence, et ce qu'il avait découvert alors ne l'avait pas aidé à s'ouvrir au monde.