RIP à Manhattan Extrait "Histoires courtes pour navetteurs Tome 1"

19/12/2017

Manhattan, 21 juin 8h20

Je suis en retard ! Ça ne m'arrive jamais. Je déteste être en retard ! C'est dingue. Une vraie phobie. Je jette un œil à travers la vitre du Ground Central Coffee shop. Il est plein à craquer, mais il est totalement inenvisageable de démarrer ma journée sans mon Large-Caramel-Macchiato-Soy-Organic-Milk ! Tant pis, je tente le coup. J'ai rendez-vous chez une cliente qui me connait bien. Elle ne s'offusquera pas si pour une fois, j'ai quelques minutes de retard.

J'adore cet endroit. Je pense d'ailleurs qu'il n'y a pas que de leur café dont j'ai du mal à me passer au quotidien. Il se dégage de cet établissement une atmosphère particulière. Typiquement New Yorkaise. A l'avant, le long des vitres, un grand comptoir qui permet de boire son café en regardant passer les gens. Dans la première partie du café, quelques tables, banquettes en bois d'un côté, chaises de l'autre. Des tables hautes le long du mur face auquel se trouve un très long zinc, et plus loin, dans le fond, un coin aménagé comme un salon, exactement comme dans la série « Friends ». Un immense canapé Chesterfield en cuir camel, tout un tas de fauteuils et autres poufs eux aussi en cuir, ou jersey à carreaux, ou encore en vieux velours, le tout dans les tons bruns, kaki et quelques tables basses plutôt massives.

Le papier peint semble dater des années 70. Contre le mur de ce salon trône une grande bibliothèque, pleine de bouquins de toutes sortes, à disposition des clients. Et on peut même y écouter des vinyles soigneusement choisis par nos soins. Si on a un peu de chance, on peut y croiser quelques célébrités, comme Colin Farell. Quand je ne suis pas pressée et que j'ai le temps de boire mon café sur place en écoutant un bon vieux Coltrane, j'adore regarder Matt, l'un des serveurs, qui a également la lourde responsabilité d'être mon meilleur ami, dessiner des fleurs, un lion ou un cœur dans mon café, selon son humeur. Ces jours-là j'en profite pour avaler un nutella french doughnut ou un cookie au chocolat, mais aujourd'hui ce sera Macchiato avec élan !

Je tente discrètement de jouer des coudes pour gagner une ou deux places quand je remarque un gars appuyé au comptoir devant la vitrine qui me regarde fixement en souriant. Je détourne le regard en rougissant et plante mon regard vers Matt, derrière son zinc. Mais c'est dingue ! Il semble clairement se moquer de moi. En une fraction de seconde je fais mon état des lieux corporel et croise les doigts pour ne pas avoir quoi que ce soit de coincé entre les dents, une étiquette qui pendrait à mon nouveau chemisier ou pire, du papier toilette collé à ma chaussure. mais à priori rien de tout ça. Pour les dents, je fais confiance à ma bonne étoile mais à cette heure-là, l'estomac vide et les canines fraichement brossées, le ciel devrait être clément.

Mon tour arrive enfin et pendant une seconde j'ai du mal à rassembler mes idées. Il n'est plus là. Je tends mon mug estampillé « GC » acheté sur place dès ma 2ème commande chez eux, et balance vite fait un « comme d'hab Matt » en me dévissant la tête pour scruter chaque recoin du café.
- Salut Alby ! Sur place ou à emporter ?
- A emporter please. Je suis super à la bourre !
- Tu cherches quelqu'un ? Tu as une autre commande ?
Je reprends mes esprits et tente de me concentrer sur ce qu'il me dit.
- Euh. Non. Non merci. Je me sens rougir à nouveau. 

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