Série: Episode #15: "Zoé vit son premier chagrin d'amour! "

08/04/2018

Toutes mes pensées vont à Fabienne, et sa famille. Maurane tu me manqueras. Je suis heureuse de t'avoir fait sourire avec cet épisode, qui malgré lui, devient mon hommage à toi et à ta voix qui ne me quittera jamais.

Je n'ai rien vu venir ! Imaginez un peu ça ! Zoé vit son premier chagrin d'amour ! Pourtant, cette journée avait commencé dans la joie et la bonne humeur, comme toutes les autres, ou presque.

Quand j'arrive à l'école de l'arc-en-ciel, je remarque assez vite que quelque chose ne va pas. Un indice aussi discret qu'un transformer dans une maison de Barbie me met la puce à l'oreille.

Habituellement, je suis obligée de demander à Zoé une bonne centaine de fois, ou plutôt de crier, si je veux me faire entendre parmi la foule de gnomes, de se dépêcher parce que, tous les jours, je suis mal garée. Double-file, garage, coin de rue ou passage pour piétons, tout, excepté les places pour personnes handicapées (parce que ça, c'est maaaaaaal smiley-gros-yeux-menaçants !).

Je disais donc, en dehors des places pour personnes à mobilité réduite, tout est bon pour éviter de me garer à 2 kilomètres de l'école, à laquelle il ne manque rien, si ce n'est un parking !

Mais aujourd'hui, à mon arrivée, mon petit sucre d'orge à la fraise est planté comme un haricot géant devant la grille, cartable sur le dos, pieds en dedans, et mine renfrognée.

Je comprends que la fin de journée risque d'être compliquée. Je suis sur le point de noyer le poisson en la complimentant pour son étonnante et très remarquée ponctualité, quand elle lance les hostilités.

- Ben c'est pas trop tôt ! T'as cru que je voulais dormir ici ?

Mais aaaaaaieeeeeuh ! Quelle claque ! M'enfin pourquoi tant de haine ? Prise au dépourvu, je ne sais même pas quoi lui répondre.

Alors je glousse héhéhéhé, en jetant un rapide et discret coup d'œil autour de moi, afin de m'assurer de n'avoir aucun témoin de ma lâcheté, que dis-je, de ma pusillanimité (si, ça marche, j'ai vérifié dans le dico smiley-yeux-en-étoiles) et replace une mèche rebelle derrière mon oreille pour me donner de la contenance.

- Mais ma chérie, habituellement c'est toi qui...

- On y va ? Me coupe-t-elle sèchement en me poussant vers la sortie.

Alors là c'en est trop. Non mais comment tu parles à ta mère !? Je m'agenouille devant elle, lui attrape le menton façon-je-te-tiens-tu-me-tiens-par-la-barbichette, bien décidée à la recadrer à coup de Zoé-Laura-Degand-Morette-tu-vas-me-faire-le-plaisir-de-t'excuser-tout-de-suite quand je me retrouve face à ses deux grands yeux, assombris, peinant à retenir des larmes de caïmans.

Je me relève donc et décide de reporter mon recadrage à plus tard, voire à jamais, je n'ai pas encore bien décidé.

Si je n'ai pas saisi tout de suite à mon arrivée à l'école qu'elle était triste, du moins pas jusqu'à ce que je voie cette petite bouille sombre, morose, et ces petits yeux humides, j'ai ensuite très vite réalisé que non seulement elle était à l'avance à la grille, mais qu'en plus, elle m'y attendait seule. Pas de petite tête blonde d'amoureux dans les environs.

Dans la voiture, le silence est pesant. Que fait-on dans un cas comme celui-là ? Vite, je cherche quelque chose dans mon ipod qui pourra me donner le coup de pouce nécessaire pour affronter cette nouvelle situation totalement inconnue. 

Maurane ! Aaaaaaaaah Maurane. C'est par-fait ! Je commence lentement à me détendre. A relativiser. Sa voix me fait tellement de bien. Le paradoxe de la douceur et de la puissance, un grain hors du commun, inimitable, et qui me fout les poils. Et ça marche à tous les coups. D'ailleurs, ça fonctionne aussi quand elle parle. C'est dingue. Un mot. Hop, un poil. Elle pourrait dire n'importe quoi que ça aurait le même effet sur moi. Bonjour. Bam! Un poil. Cents grammes de tête de veau et quatre pieds de porc s'il vous plait. Bim! Un poil. C'est dingue! 

Nous rentrons donc à la maison en écoutant "Si aujourd'hui", probablement l'un de mes morceaux préférés. Je suis à fond, en pleine représentation au volant de ma swift quand la voix de mon bébé d'amour, que j'avais presque oublié, mère-indigne-que-je-suis-aaaaaaaaah-ben-bravo-Maurane! me ramène à la réalité.

- M'maaaan, tu peux mettre NRJ? 

Rhaaaaaaaaa! Damned! Difficile de refuser vu l'état de la choupette. Sans compter qu'à tout bien y réfléchir, le texte de la chanson n'est peut-être pas exactement ce qu'il lui faut là-touswit-maintenant. Je m'exécute, et tente de réprimer une grimace au son d'un jeune rappeur dont je ne cherche pas plus à comprendre le texte, qu'à connaître le nom. 

Mon cerveau turbine à toute allure. C'est un peu comme si mon moteur de recherche interne s'était activé. Comme si j'avais tapé "premier chagrin d'amour" et que j'attendais les différents résultats pour choisir celui qui conviendrait le mieux à la situation qui nous occupe, ma petite perle et moi, en cet instant précis.

Dois-je jouer les "mamans-mamans", genre ma-chérie-je-sais-que-tu-as-mal-mais-ça-passera-avec-le-temps (♪♪ ou quelqu'un d'aaaaaaeutreeeeeuh ♪♫♪... tiens, je pourrais lui passer un petit Nolwenn Leroy en fond sonore ! Hum, je m'égare...)

Les "mamans-copines", vas-y-raconte-tu-veux-que-je-lui-casse-la-figure-à-ce-petit-*** Biiiip *** ?

Les "mamans-psy-chologues-ou-chopathes", selon le point de vue, tu-sais-si-ça-arrive-c'est-que-ça-devait-arriver-rien-n'arrive-pour-rien-dans-la-vie-c'est-surement-pour-un-mieux-le-temps-efface-les-peines-ouvre-ton-coeur-à-un-monde-meilleur...

Les "mamans-citations" : Un-de-perdu-dix-de-retrouvés (celle-ci fonctionne aussi pour les kilos d'ailleurs)

Arrivées à la maison, j'opte pour un chocolat chaud, un câlin et un tu-sais-que-tu-peux-tout-dire-à-maman-mais-on-en-parlera-quand-tu-te-sentiras-prête, ce qui a l'air de fonctionner. Zoette se blottit dans mes bras, laisse enfin couler quelques larmes, vide son cœur, et finit par la phrase qui aurait pu marquer cette nouvelle première fois à jamais dans mon cœur de maman.

- Merci maman. Ooooooh.

- T'es la meilleure. Re-Ooooooooooh... 

Mais ça fait un peu trop de mots doux pour être honnête... « May Day, May Day, Alerte arnaque activée »

- Je peux regarder la télé avec vous ce soir ?

Voilà voilààààààà. C'est bien ce que je pensais. Mais franchement, un petit cœur triste, ça à bien le droit de se changer les idées bien au chaud sous un plaid, avec Monsieur chat, entre maman et papa devant la reine de neiges, que nous nous ferons un plaisir de regarder pour la dix-septième fois ! Aaaaaaaargh. Achevez-moi !

En tous les cas, ce qui est sûr, c'est que reine des neiges ou pas, ce chagrin d'amour, je ne l'avais pas vu venir.