Série: Episode #16: "Je n'ai rien vu venir: Terminus! Tout le monde descend!"

18/04/2018

Terminus ! Tout le monde descend ! Je n'ai rien vu venir ! Pourtant, cette journée de congés avait plutôt bien commencé!

Quand nous nous levons ce matin, c'est le branle-bas de combat. Nous avons préparé les sacs hier. Chacun le sien. Sauf monsieur chat qui partage le sac à dos de Zoé. Ils sont posés en rang d'oignon dans le couloir. Je m'en souviens bien, parce que cette nuit, en allant aux toilettes, je me suis pris le pied droit dans les bretelles du sac d'Amoureux, puis mon pied gauche s'est emberlificoté dans celui de Zoé, et j'ai fini la tête la première dans la porte des WC.

A leur décharge, la nuit, je me déplace dans le noir, pour ne pas LES réveiller, et les yeux fermés pour ne pas ME réveiller. Alors comme pour les non-voyants, quand on change la disposition des meubles, ou qu'on pose des sacs dans un couloir, ben c'est la cata. Moi qui voulais être discrète. D'ailleurs on se demande bien pourquoi je cherche à être discrète, parce que ma chute, comme d'habitude, n'a réveillé que moi. Une bosse, une demi-nuit et un café plus tard, nous sommes prêts.

Mmmm un week-end tranquille. Deux nuits dans un petit hôtel à deux pas du Parc Balnéaire du Prado, où chacun d'entre nous trouvera son plaisir. Au soleil. C'est fou quand on y pense. Un billet de train, et hop ! En trois heures, on se retrouve chez Pagnol. La garrigue, les cigales, la plage, le poisson, l'aïoli, la bouillabaisse... Et bien sûr, l'OM dont Amoureux est un fervent supporter, tout parisien qu'il soit. Pas besoin de vous décrire l'ambiance des repas de famille quand ils se font chez mes beaux-parents, lui, seul contre tous... Hashtagmonhommeestcourageuxouinconscientjenesaispastrop

Le temps à toujours été un concept aléatoire pour moi. Je ne sais pas pourquoi. Mais je suis sûre qu'un bon psy trouverait une réponse à cette question sur laquelle je n'ai pas le temps de m'attarder ce matin.

Toujours est-il que nous sommes prêts, donc, mais en retard ! C'est maintenant que tout se joue. Il nous en coûtera quelques minutes de marche jusqu'à la gare pour choper le transilien, un premier changement à Puteaux pour attraper le RER A, puis à "Hôtel de ville" pour sauter dans le RER C, pour enfin, arriver à la gare de Lyon, le tout en croisant les doigts pour qu'aucun psychopathe ne joue aux équilibristes sur les rails aujourd'hui !

C'est bien évidement au moment de partir que Zoette se dit qu'elle aimerait faire-un-petit-pipi-avant-de-partir-juste-pour-être-sûre. Je lui enlève donc son sac Violetta qu'elle avait déjà sur le dos depuis une bonne heure, pour-gagner-du-temps-et-je-ne-ferai-aucun-commentaire-là-dessus, la pousse vers les toilettes en répétant à peu près à dix-huit reprises « dépêche-toi chérie, ou nous allons être en retard », ce à quoi elle me répond autant de fois « Comme d'hab quoi » le tout, sous le regard de moins en moins amusé d'Amoureux qui, de nous trois, est probablement celui qui a le plus envie d'être à Marseille dans la soirée, afin d'assister à « OM/PSG », match auquel il préfère toujours assister là-bas qu'ici, et on comprend pourquoi dans son cas.

Au moment de mettre le sac sur mon dos, en sentant mes vertèbres se souder, je me dis que je n'aurai peut-être pas besoin de mon sèche-cheveux, ni de mes escarpins rouges. Peut être même que je pourrais partir sans ce deuxième jeans, sachant que nous serons de retour dans deux jours, enfin, si nous finissons par partir. J'implore donc Amoureux du regard pour qu'il me permette de prendre juste-une-toute-petite-minute-pour-faire-le-vide-dans-mon-sac afin d'éviter de devoir passer la nuit aux urgences à Saint Joseph parce que je me serai déboité une vertèbre, enfin-moi-je-dis-ça-c'est-surtout-pour-lui-et-son-match-bien-sûr-et-non-ce-n'est-pas-de-la-mauvaise-foi-m'enfin !

Dix minutes plus tard, nous voilà donc tous parés, autant que possible en tout cas, et très en retard cette fois. Telles les Tortues Ninja, nous voilà tous affublés de nos sacs, Amoureux ayant finalement proposé de porter le mien, bien plus lourd que le sien dans lequel se noient deux caleçons, un pot de gel, une paire de chaussettes et le Saint Graal, son maillot de l'OM, bien emballé dans deux sacs en plastique, au cas où il tomberait malencontreusement de la besace avant d'arriver à Saint Charles ! Il est malin mon homme hein ? HashtagfièredemonAmoureux

En file indienne, nous dévalons les escaliers d'abord, en manquant de renverser BB, qui va, ou qui vient, on ne sait jamais vraiment, mais toujours aussi sexy, même en courant, puis la rue jusqu'à la gare, navigo dans une main, l'autre main en porte-voix pour prévenir les passants qu'il serait moins risqué pour eux de marcher sur la route au milieu des voitures que sur le trottoir à notre passage. Nous nous faufilons sur le quai où nous attend sagement notre transilien, et nous posons, à bout de souffle, sur trois banquettes vides. Il nous faut quelques minutes pour reprendre notre respiration, surtout moi, et pour réaliser que si nous avons trouvé de la place pour nous assoir aussi facilement, c'est parce que le train, tout le train, est vide. Aussi désert qu'un bureau de fonctionnaire un jour férié.

C'est à ce moment là qu'une voix crache dans les haut-parleurs un refrain que nous avons d'abord du mal à saisir, puis à croire.

« Mesdames et messieurs, afin de montrer notre soutien au personnel ferroviaire, aucun train ne roulera ce jour. Veuillez quitter les voitures. Terminus. Tout le monde descend »

Autant vous dire que celle-là, ni Amoureux, ni l'équipe de l'OM, ni moi-même ne l'avions vue venir.