Série: Episode #9: "Je n'ai rien vu venir: Zoé veut une petite soeur... Ou un grand frère!"

10/03/2018

Merci à ma Magali Laffont pour le titre "Zoé veut un petit frère", que je me suis permise de compléter ! Et n'hésitez pas vous aussi à me proposer un titre ! ==> "Je n'ai rien vu venir - TITRE"

Je n'ai rien vu venir ! Imaginez un peu ça ! Zoé veut une petite sœur... Ou un grand frère ! C'est pas gagné ! Pourtant, ma journée a commencé comme toutes les autres !

C'est dimanche, et nous sommes tranquillement étalés tous les trois sur le lit parental, en mode étoile de mer, amoureux, Zoé, et moi. Les yeux encore pleins de sommeil - faut-il rappeler que le dimanche ressemble étrangement aux autres jours de la semaine une fois qu'on est parents - nous tentons mon homme et moi de grappiller quelques minutes de repos bien mérité en caressant tendrement les cheveux de notre mini-nous. Sait-on jamais, sur un mal entendu, elle pourrait se rendormir.

C'est au moment où elle commence à s'agiter en fredonnant, que nous comprenons que nous avons atteint les limites de sa patience. Nous savons pertinemment qu'à partir de maintenant, nous ne pouvons plus reculer.

Je jette un œil collant au réveil. Six heures vingt-neuf. Wouaw ! Un record. En voilà une grasse mat qui fait plaisir ! Habituellement, à cette heure-là, nous sommes déjà tous les trois autour de la table du petit déjeuner. Enfin, tous les trois. Amoureux et moi sommes là physiquement. Le reste de nous n'arrive généralement qu'une, voire deux heures plus tard.

C'est donc également le moment que choisi régulièrement la prunelle de nos yeux pour nous faire passer ses messages les plus sensibles, bien consciente que nous n'avons pas les yeux en face des trous avant une certaine heure. Pour Zoé, c'est donc l'espace-temps idéal pour passer ses commandes.

Poupées. Dernière robe tendance de chez Achéaime, celle que portent toutes-les-filles-branchées-tu-comprends-maman ! Le dernier joujou qui fait fureur dans les cours de récré. Celui qui se lance, se jette, se tourne ou s'allume mais auquel elle ne touchera plus d'ici un mois, et qui ira rejoindre une tripotée d'autres jouets qu'il fallait impérativement-acheter-question-de-vie-ou-de-mort parce qu'il ne sera carrément-plus-à-la-mode-maman-c'est-la-honte, au fond, tout au fond d'un placard, ou sous son lit ! La trousse Oui-oui, puis Dora, puis reine des neiges, puis Violetta.

Ce matin-là, je repère assez vite le petite manège "Précommande". Elle se tortille dans tous les sens sur sa chaise, tourne sa cuillère cent fois dans son chocolat, soupire et resoupire, fait mine de commencer une phrase puis se ravise, le coude sur la table et le menton dans sa main, comme si sa tête pesait une tonne. Elle fait courir son regard de papa à maman, puis de maman à papa. Le tout en espérant que l'un de nous lui demande enfin si tout va bien, et bien sûr, si elle a besoin de quelque chose.

Nous nous sommes fait avoir plus d'une fois, et vu notre état de fatigue ce jour, il est évident que nous ne sommes pas assez forts pour faire barrage aux yeux de chat-poté de Zoé. A la seconde précise ou elle va se lancer, nous sommes des proies faciles. Elle le sait. Elle le sent. Elle calcule son coup. Son petit jeu est millimétré. Elle prend son temps. Nous jauge.

Puis, d'un coup, elle prend son élan et bam, nous assène un coup qu'aucun de nous n'avait pronostiqué ! Et ce matin, c'est moi qui prends :

- M'man ?
- Mmmm ?
- Je m'ennuie.
- Comment ça tu t'ennuies ? On est à table. On est tranquillement en train de...

C'est là que le couperet tombe. Zoé me coupe en plein élan, les yeux pleins d'étoiles, sa voix monte d'une octave :

- Je voudrais bien une petite sœur.

Amoureux et moi ramassons nos mâchoires dans nos bols de café quand elle nous achève :

- Ou un grand frère !

Perdus entre l'envie de rire, et le malaise évident qu'a suscité la demande de la chair de notre chair, nous nous regardons, penauds.

Papa, courageux mais pas téméraire se lève, prétextant un appel important à passer. Autant dire que son excuse est aussi crédible que si au même moment, dans cette même cuisine, il avait dit "je ne t'entends plus, je passe sous un tunnel".

Me voilà donc seule, face à moi-même, et à Zoette-la-maligne, tentant de rassembler un minimum de phrases cohérentes à lui balancer, histoire de colmater la brèche, pensant que je m'occuperais du reste du chantier, plus tard, quand j'aurai pu prendre le temps de réfléchir, de trouver les mots et le ton justes.

Je gagne donc du temps, en lui expliquant de trois manières différentes qu'il nous sera totalement impossible, avec la meilleure volonté du monde, de lui donner un grand frère. Ou même une grande sœur d'ailleurs. Je me perds dans mes explications quand je réalise que nous n'avons pas encore eu droit au fameux maman, comment on fait les bébés, et que, par conséquent, il est carrément difficile de lui expliquer pourquoi ?

Je me contente de lui dire qu'il aurait fallu qu'il ou elle arrive avant elle dans la famille. Elle a l'air de plutôt bien prendre la chose.

C'est en échouant pathétiquement, au moment de trouver de bonnes raisons pour ne pas lui donner de petite sœur, épaulée par papa cette fois, que l'évidence nous tombe dessus. Bien sûr. C'est limpide. Comment n'y avions-nous pas pensé plus tôt. Tout s'éclaire.

En réalité, nous aussi, nous aimerions bien avoir une petite sœur, ou un petit frère !

Ce qui est sûr, c'est que papa et moi n'avions rien vu venir !