Un jour mon petit prince viendra

26/02/2018

Bonjour à tous!

Aujourd'hui je vous offre un des textes dont je suis le plus fière, un texte qui me tient à cœur, et pour lequel j'aimerais avoir vos retours.

Bonne lecture!

Un jour mon petit prince viendra...

J'ai du mal à y croire ! Dans l'embrasure de la porte, je distingue définitivement un faisceau de lumière. Oui, cette fois, c'est une certitude. J'entends le craquement de l'escalier en bois. C'est elle. Je reconnais sa façon de descendre. Elle prend toujours soin d'enjamber prudemment la troisième marche. Celle qu'il ne s'est toujours pas décidé à réparer. Depuis le temps qu'elle lui demande. Quelle patience d'ange. Elle ne devrait pas tarder à le lui rappeler d'ailleurs. Comme à chaque fois qu'elle vient nous rendre visite.

- Chéri. Tu penseras à réparer les escaliers de la cave ce we ? Crie-t-elle arrivée à mi-chemin.

Je le savais. Je la connais par cœur. Je les connais par cœur. Il va d'abord lui faire répéter sa question, pour gagner du temps, puis lui répondra que oui, il essayera de prendre le temps de s'y coller. Et elle le remerciera, tout en sachant que lundi, la marche sera toujours branlante. Mais ce n'est pas ce qui nous occupe, là, tout de suite. L'exaltation se fait sentir. Je ne suis pas le seul à l'avoir entendue. Et encore moins, le seul à espérer sortir d'ici. Je souhaite tant que cette fois, enfin, ce soit mon tour. Combien sommes-nous ? Je n'en ai aucune idée. La pièce est grande. Très grande. Nous prenons si peu de place. L'atmosphère enfiévrée est chargée d'excitation. 

Soudain, du haut des escaliers nous parvient un cri. Une voix stridente et particulièrement haut-perchée que je ne connais pas. Mais. Je ne rêve pas ? Ce sont des pleurs ! Des pleurs d'enfant ! De tout petit. - Maman arrive mon cœur.Ça alors ! Mais depuis quand n'est-elle pas descendue ? Comment avons-nous tous pu passer à côté de cela. Elle n'est plus la même qu'a sa dernière visite ! Elle est devenue mère. Si je pouvais, j'en frissonnerais. Les cris redoublent de puissance. Je l'entends remonter les escaliers, sauter la troisième marche, non ! Elle s'en va. Nous voilà une fois de plus livrés à nous-même. J'y ai pourtant cru cette fois. Mais le rayon vif est toujours là. Sous la porte. Elle n'en a pas fini avec nous. Je le sais. Je le sens. 

L'excitation est sur le point de retomber dans notre antre, quand des bruits de pas se font à nouveau entendre. Mais cette fois. C'est lui. C'est dingue, il préférera prendre le risque de tomber cent fois, plutôt que de prendre quelques minutes pour réparer cette maudite marche. L'effervescence reprend de plus belle. Nous sommes prêts. Tous autant que nous sommes. Mais moi. Moi je suis là depuis si longtemps. Je n'ai plus vu l'éclat du jour depuis des années. Pas un coucher de soleil. Je n'ai plus entendu la pluie tomber ou le vent souffler depuis, au moins, deux décennies, probablement trois en fait. Je lui suis malgré tout reconnaissant de m'avoir gardé près d'elle tout ce temps. Enfin près d'elle. Pas trop loin. Certes, ce n'est pas la vie que j'escomptais. C'est nettement moins vivant ici qu'en haut. Mais au moins, je ne suis pas seul. 

Ce ne sont plus des cris, mais des gazouillis que j'entends là-haut maintenant. Je suis tellement heureux pour elle. Et puis, on ne va pas se mentir, avec l'arrivée de ce bébé, je mets toutes les chances de mon côté. Je suis probablement en pole position, dans le peloton de tête. Ou en tous les cas, dans le top cinq. Le suspense est à son comble. D'autres, comme moi, savent qu'ils sont peut-être sur le point de changer de vie. D'accéder à nouveau au statut suprême. La porte s'ouvre, et d'un coup, je suis aveuglé. Je ne me souviens pas de la dernière fois où l'un d'entre eux nous a fait l'honneur d'éclairer notre repaire. Ce refuge dans lequel nous nous terrons, depuis plus d'un demi-siècle, pour un petit nombre d'entre nous. Depuis l'époque où les parents de notre douce maîtresse les y ont enfermés, cachés même, pour certains. 

Il est là, debout, devant nous. Je vois bien qu'il cherche. Il sait exactement ce qu'il veut. Il est là pour une raison bien précise. Un seul d'entre nous aura la chance de quitter le sous-sol. L'un d'entre nous va renaître de ses cendres, si j'ose m'exprimer ainsi. Et puis je le vois s'approcher de moi. Il m'observe, me reluque, me frotte pour ôter la poussière accumulée avec les années.

- Je l'ai ! S'écrie-t-il en me brandissant. Nous remontons les escaliers à pleine vitesse. Il m'agite devant les yeux ébahis du nouveau-né. 

Pour la première fois depuis des années je sens la chaleur du soleil sur moi. Quel bonheur. Et cette bouille. Ces yeux rieurs. Ca valait la peine d'attendre.


- Voilà mon cœur. Papa va pouvoir te lire « Le petit prince, de Saint Exupéry »